« Empowerment » féminin et développement international : deux concepts inséparables

@Annie Spratt

En cherchant les dernières nouveautés sur les sujets du développement international et d’autonomisation des femmes, on tombe facilement sur le livre de Melinda Gates, The Moment of Lift. Le statut des femmes est aujourd’hui un sujet très traité, dont nous avons tous entendu parler, de près ou de loin. Que ce soit des témoignages de femmes victimes de violences, de femmes harcelées simplement parce qu’elles sont femmes ou encore des réflexions plus philosophiques sur ce que signifie être une femme aujourd’hui, des règles encore taboues aux regards et préjugés faciles, les sujets ne manquent pas.

Pourtant, ceux-ci ne s’attellent pas toujours à une étude plus globale et plus poussée des concepts d’émancipation et d’autonomisation des femmes et pourquoi ils sont si importants. Et ce, d’autant plus lorsque l’on parle de progrès social et de développement dans les régions les plus pauvres. Le livre de Melinda Gates se penche sur cette question.

En partageant son expérience personnelle en tant que responsable de la fondation Bill et Melinda Gates, elle explique comment et pourquoi elle est devenue une « philanthrope ».  Basé sur les histoires de vie inspirantes des nombreuses femmes qu’elle a rencontrées lors de ses visites dans de nombreux pays en développement, son récit retrace comment celles-ci l’ont aidé à comprendre les problématiques qu’elles rencontraient sur place et leurs véritables besoins en tant que femme et mère de famille.

C’est notamment par ces échanges que le planning familial est devenu petit à petit la thématique phare de la fondation Bill et Melinda Gates. Mais avant d’approfondir ce sujet, il est essentiel de s’intéresser au concept d’autonomisation ou « empowerment » et pourquoi ce concept est considéré comme essentiel dans le contexte du développement international.

Voici une des définitions disponibles dans le dictionnaire : L’autonomisation est « le processus d’acquisition de la liberté et le pouvoir de faire ce que vous voulez ou de contrôler ce qui vous arrive ». Dans ce que nous appelons les pays riches, la plupart des personnes, y compris les femmes, ont la liberté et le pouvoir de faire ce qu’elles veulent. Bien entendu, il existe encore (trop) d’exceptions et ces dernières années ont été marquées par un déclin des droits des femmes dans certains des pays les plus riches, comme aux Etats-Unis, où de nouvelles lois restrictives sur l’avortement ont été votées. Pourtant, ce processus de conquête de la liberté et du pouvoir se poursuit et les défenseurs des droits de l’homme et des droits des femmes continuent à se battre.


L’autonomisation est « le processus d’acquisition de la liberté et le pouvoir de faire ce que vous voulez ou de contrôler ce qui vous arrive »

 

Dans les pays aux revenus plus faibles, la voix des femmes n’est pas encore suffisamment entendue ou considérée comme légitime, ce qui ralentit considérablement ce processus d’autonomisation. Pourtant, dans les pays plus pauvres, l’idée d’autonomisation des femmes est d’autant plus profondément liée à celle de développement. Plusieurs études ont démontré qu’il existait une relation positive entre l’égalité des sexes, l’autonomisation des femmes et la croissance sociale et économique d’un pays (Third Billion Index, Booz & company). Ces études prouvent que l’autonomisation des femmes contribue, et est même essentielle, à l’amélioration de la prospérité d’un pays, et ce à de nombreux niveaux.

Autonomisation et développement

Jusqu’au début des années 2000, beaucoup de projets de développement international se concentraient uniquement sur l’augmentation du revenu moyen et l’amélioration du niveau de vie en termes économiques dans une région ou un pays donné. Aujourd’hui, les nouvelles théories du développement prônent une approche bien plus holistique. Amartya Sen, économiste lauréat du prix Nobel, a joué un rôle majeur dans ce changement. Sa vision du développement peut être résumée ainsi : « Le développement doit être évalué en fonction de son impact sur les personnes, non seulement en fonction de l’évolution de leurs revenus, mais plus généralement en fonction de leurs choix, de leurs capacités et de leurs libertés ; et nous devons prendre en considération la répartition de ces améliorations dans une société, pas seulement la moyenne. »

La liberté de choisir, de choisir sa propre vie et la façon dont on aimerait la vivre, est également un élément clé de la définition de Sen. Les femmes doivent donc elles aussi être au centre de cette nouvelle approche. L’Objectif de Développement Durable de l’ONU numéro 5, pour l’égalité des sexes, est entièrement dédié à cette cause. C’est en lien avec ces différents concepts que la planification des naissances ou planning familial est devenu l’objectif principal de la fondation Bill et Melinda Gates.

Pour rendre ces théories plus concrètes, The Moment of Lift évoque l’une des plus anciennes études de santé publique lancée dans les années 1970 au Bangladesh – un exemple frappant. Après avoir donné à la moitié des familles d’un village des contraceptifs et aucun contraceptif à l’autre moitié, l’étude montre, 20 ans plus tard, que les femmes prenant des contraceptifs étaient en meilleure santé, leurs familles plus riches et leurs enfants plus scolarisés.


En réalité, aucun pays n’est sorti de la pauvreté sans avoir élargi son accès aux contraceptifs.


Pourquoi ?

Comme le dit Melinda Gates : « Lorsque les femmes ont été en mesure de planifier et d’espacer leurs grossesses, elles avaient alors plus de chances de faire des études, de gagner un revenu, d’élever des enfants en bonne santé et d’avoir le temps et l’argent nécessaires pour donner à chaque enfant la nourriture, les soins et l’éducation dont il a besoin pour s’épanouir. Lorsque les enfants atteignent leur potentiel, ils ne finissent pas dans la pauvreté. C’est ainsi que les familles et les pays sortent de la pauvreté. En réalité, aucun pays n’est sorti de la pauvreté sans avoir élargi son accès aux contraceptifs. »

En 2012, la Fondation Bill & Melinda Gates s’est engagée à investir plus d’un milliard de dollars pour aider à fournir des contraceptifs à 120 millions de femmes ainsi que toutes les informations et services liés au planning familial. Tout ça, d’ici 2020… Un objectif ambitieux, qu’il sera intéressant de suivre. Les gouvernements et Etats ont bien sûr aussi un rôle majeur à jouer dans l’amélioration de l’accès et de la distribution des contraceptifs là où ils font encore défaut. Mais en attendant qu’ils assument leur part de responsabilités, nombreuses organisations à but non lucratif – la Fondation Gates, Population Services International et bien d’autres – tentent de combler ce manque.

En dehors du planning familial, beaucoup d’autres défis sont encore à relever pour favoriser l’autonomisation des femmes. La lutte contre le tabou encore attaché aux règles dans beaucoup de pays comme l’Inde ou l’accès limité aux produits d’hygiène sanitaires en font partie. Lorsque les femmes et les jeunes filles ne sont pas en mesure de « maitriser » leurs règles, elles ne peuvent plus aller à l’école ou travailler et doivent rester chez elles, ce qui réduit considérablement leurs possibilités, leurs choix, leur liberté. Un autre sujet à approfondir…

En attendant, vous pouvez jeter un coup d’œil à notre Story sur The Pad Project et regarder leur incroyable documentaire, Period. End of Sentence, qui a reçu un Oscar pour le meilleur court métrage documentaire cette année.