Santé digitale : une belle promesse pour l’Afrique

Des drones qui livrent des poches de sang au Rwanda, un carnet de vaccination électronique en Côte d’Ivoire, une application pour les soins ophtalmiques au Botswana… Les innovations technologiques dans le domaine de la santé fleurissent sur le continent africain et répondent à des besoins criants sur le terrain.

Dans de nombreux pays d’Afrique, l’accès à la santé est un véritable défi : en Afrique subsaharienne, on compte 2 médecins et 12 infirmiers pour 10 000 habitants (contre 32 médecins et 93 infirmiers en France).

Parallèlement, le taux de pénétration des téléphones mobiles en Afrique subsaharienne atteint aujourd’hui 87 % de la population.

La santé digitale est l’utilisation du numérique pour l’ensemble des activités du secteur de la santé. Elle offre de grandes promesses d’accès aux soins, puisque ces solutions pourraient permettre à 1,6 milliards de personnes de se soigner à travers le monde, et bénéficier en particulier aux habitants des zones les plus reculées. « Dans la droite ligne des principes de couverture sanitaire universelle, la santé digitale est susceptible de rendre les systèmes de santé plus efficaces et plus réactifs aux besoins et aux attentes de leurs bénéficiaires. », affirmait en 2017 le Dr. Margaret Chan, alors Directrice Générale de l’Organisation Mondiale de la Santé.

Zipline s’est installé au Rwanda pour développer son activité : depuis 2016, la société américaine de livraison par drones envoie des poches de sang dans les zones les plus désertes. Le gain de temps est évidemment considérable, dans ces régions difficilement accessibles, et peut permettre de sauver des vies. Depuis 2019, Zipline a également implanté au Ghana le plus grand réseau de livraison par drones au monde avec 30 engins pour une population de 12 millions d’habitants, distribuant du sang mais aussi des médicaments et du matériel médical. Ces drones sont un exemple séduisant de solutions qui voient le jour en Afrique, pour répondre aux grandes difficultés d’accès à la santé.


Ces solutions pourraient permettre à 1,6 milliards de personnes de se soigner à travers le monde, et bénéficier en particulier aux habitants des zones les plus reculées

 

Certaines, plus facilement applicables dans des pays moins armés que le Rwanda, à la pointe en matière de santé digitale, sont également efficaces. C’est le cas de JokkoSanté au Sénégal, pharmacie digitale qui permet aux particuliers de rapporter leurs médicaments non-usagés dans des centres de santé. Ceux-ci sont ensuite donnés aux plus démunis. Les personnes qui rapportent leurs médicaments bénéficient de leur côté d’un système de points sur leur téléphone, pour pouvoir acheter de nouveaux médicaments. Adama Kane, fondateur, permet à travers JokkoSanté de donner non seulement accès à des traitements au plus grand nombre mais aussi de lutter contre le gaspillage et la vente illicite de médicaments au Sénégal.

La santé digitale a certes un rôle primordial à jouer dans le domaine de l’accès aux soins primaires et aux médicaments, mais elle peut aussi améliorer la formation des professionnels de santé, afin de leur donner plus de responsabilités, d’améliorer la qualité des soins de première nécessité, et ainsi de permettre le désengorgement des centres de santé dans les plus grandes villes. Avec un taux de pénétration si important en Afrique, le téléphone mobile est un outil incontournable, sur lequel Amref Health Africa, première ONG dans la santé en Afrique, s’est bien appuyée puisqu’elle a déjà formé plus de 50 000 infirmiers et aide-soignants grâce à la formation à distance.

Sur les téléphones portables africains (la plupart étant des téléphones cellulaires, pas forcément connectés à internet), les campagnes de prévention fonctionnent très bien. Que cela soit pour des épidémies comme Ebola en 2013, pour le coronavirus actuel, ou encore pour des maladies comme le sida, toujours bien présent en Afrique, les pouvoirs publics peuvent lancer des campagnes SMS afin de sensibiliser les populations et tenter de ralentir la propagation de ces maladies transmissibles.

La prévention est d’autant plus importante que le fléau – plus invisible – pour ces pays en développement est incarné par les maladies non-transmissibles tels que le diabète ou d’autres problèmes cardio-vasculaires. Elles sont responsables de plus de 70% des décès dans le monde, dont les deux-tiers dans les pays à revenus faible ou intermédiaire. Le gouvernement du Sénégal a depuis 2014 mis en place le programme mDiabète et mRamadan, une campagne de prévention contre le diabète pendant la période du Ramadan, qui comprend un volet numérique, par des envois de SMS.

La santé digitale, sous toutes ses formes, des plus frugales aux plus technologiques, représente une opportunité sans précédent pour le continent africain, dont la plupart des pays sont encore en grande difficulté dans le domaine de l’accès à la santé, par manque de moyens humains et financiers. Des entreprises étrangères comme Zipline ont ainsi décidé de s’implanter dans ces pays, pour profiter d’une régulation moins stricte qu’en Europe ou qu’aux Etats-Unis. Cependant, ce sont les solutions frugales qui ont aujourd’hui un plus large impact, puisqu’elles sont à la fois plus accessibles et plus simples à mettre en place.

Des initiatives émergent aujourd’hui de toutes parts : des startups inventent de nouvelles technologies pour promouvoir un meilleur accès à la santé, dépister des maladies, ou contacter plus facilement un médecin. Mais l’enjeu réside désormais dans la mutualisation de toutes ces solutions, et leur passage à l’échelle au niveau national. Pour cela, le rapport du groupe de travail de la Commission ad-hoc des Nations Unies pour le Développement Durable en 2017 exhorte les gouvernements à un véritable engagement, et notamment à un rapprochement des ministères des télécommunications et de la santé, afin de créer des réseaux cohérents, et d’avoir un impact au-delà de simples zones « test »pour des projets pilotes. C’est ce que le Rwanda, qui reste un exemple pour le continent mais également pour les pays occidentaux, a entrepris depuis la mise en place de sa première stratégie de « esanté » en 2006, qui lui permet d’avoir aujourd’hui un système de santé digitale structuré et efficace.

 


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